Calme à Beni Douala, recrudescence d'émeutes dans la région de Béjaïa

ALGER, 24 avr (AFP) - Le calme est peu à peu revenu mardi à Beni Douala près de Tizi Ouzou (Grande Kabylie, 100 km à l'est d'Alger) secouée depuis le 19 avril par des émeutes après la mort suspecte d'un adolescent à la gendarmerie, mais les émeutes se sont poursuivies à Amizour, près de Béjaïa (Petite Kabylie, 250 km à l'est de la capitale), s'étendant à d'autres villages.

A Beni Douala, l'annonce de sanctions contre le gendarme, auteur de la bavure ayant coûté la vie au jeune Mohamed Guermah mercredi dernier, a fait baisser la tension qui reste cependant perceptible dans le village portant encore les traces des émeutes de la veille.

Le gendarme a été "mis aux arrêts de rigueur" lundi et sera "présenté devant la justice", selon une source officielle confirmée à la foule mardi par le commandant du groupement de gendarmerie de Tizi Ouzou qui a "déploré" ces incidents et présenté ses condoléances à la famille de la victime.

Beni Douala offrait mardi l'aspect d'un village fantôme avec tous les commerces fermés, les rues jonchées de débris de toutes sortes et de pneus calcinés, selon un reporter de l'AFP sur place.

Des dizaines de jeunes se sont rassemblés, demandant le départ de la brigade avant jeudi prochain, alors que les unités anti-émeutes de la gendarmerie, gardaient les carrefours et les édifices publics, cibles de prédilection des manifestants.

Une délégation d'habitants à été reçue à la brigade, avant que le commandant du secteur ne s'adresse à la foule pour "déplorer" la mort du jeune lycéen et présenter ses condoléances à sa famille.

Des centaines de personnes, en majorité des lycéens et des écoliers, ont manifesté mardi à Tizi Ouzou aux cris de "pouvoir assassin" et "Moumouh (NDLR: diminutif du nom de Mohamed Guermouh) innocent" avant de se disperser dans le calme.

En revanche, l'annonce de la suspension du chef-adjoint de la police de Béjaïa n'a pas calmé les esprits. Un rassemblement mardi devant la mairie d'Amizour a vite dégénéré en affrontement avec les forces de sécurité lorsque ceux-ci ont tenté de le disperser, selon un membre de cette municipalité joint par téléphone.

Les émeutes se sont ensuite étendues aux villes voisines de Sidi Aïch et Akbou et au villages de Barbacha, El-Kseur, Féraoun, Sémaoun et Timezrit, selon la même source.

Elles opposent les forces de sécurité lançant des grenades lacrymogènes aux manifestants, des jeunes lycéens pour la plupart, armés de pierres et de cocktails Molotov, selon la même source.

En outre, des émeutiers venus d'Amizour ont tenté d'entrer mardi dans la ville de Béjaïa et d'entraîner les étudiants et les lycéens. Ils ont été stoppés à l'entrée, dans le quartier Ihaddaden, et repoussés par la police, selon un habitant joint par téléphone.

Amizour a été presque entièrement dévastée et offre le spectacle de bâtiments incendiés, de rues barrées par des pneus brûlés et des barricades, et des commerces fermés, selon un correspondant de la presse locale joint par téléphone.

Des émeutes avaient éclaté dimanche dans cette ville à la suite de l'interpellation musclée de trois lycéens qui avaient scandé des slogans hostiles au gouvernement au passage d'une patrouille de gendarmes.

Ces émeutes ont fait une cinquantaine de blessés, en majorité des manifestants à Beni Douala et Amizour, selon des bilans émis par la presse.

Ces manifestations ont dégénéré en raison de la vive tension qui règnent en Kabylie depuis le début des festivités du "Printemps berbère" du 20 avril 1980. Ces festivités commémorent chaque année la dure répression de manifestations revendiquant la reconnaissance par l'Etat de la culture et de la langue berbères.

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